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La France révise son histoire avec l’Algérie à travers le cinéma |
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| Catégorie : Culture |
| Ajouté le : 08.10.2006 15:54 |
| Auteur : teamkiller |
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| Au moment où le film Indigènes est projeté en avant-première à Alger, le tournage d’un film français, qui retrace un épisode douloureux de la guerre d’Algérie, vient de se terminer dans les montagnes rocheuses de l’Atlas au Maroc.
Après plusieurs années de censure et de blocage, la France autorise depuis quelques années une révision de son histoire à travers le cinéma. Mieux encore, elle autorise des cinéastes français à évoquer ouvertement dans leurs films la torture, les dépassements et surtout l’échec de la vision coloniale française en Algérie. Une autocritique qui était presque inimaginable il y a 7 ans, puisque plusieurs cinéastes français, dont le plus prolifique René Vautier, avaient été bannis de l’environnement cinématographique français seulement parce qu’ils avaient donné leur point de vue historique sur la guerre d’Algérie. Mais, depuis quelques années et après la reconnaissance officielle de la guerre d’Algérie au Parlement français, le sujet n’est plus tabou. Ainsi, après la réalisation du film de Philippe Faucon La trahison, qui retrace les rapports étroits entre un officier français et des supplétifs algériens, Mon colonel de Costa Gavras, qui va dans le même sens, un nouveau film français aussi poignant et aussi critique sur l'histoire de la présence coloniale française en Algérie vient d’être réalisé, il y a quelques mois. Il s’agit du film L’Ennemi intime de Florent Siri. Ce réalisateur fait partie de la nouvelle génération des cinéastes, il est surtout connu pour avoir réalisé des chefs-d’œuvre, tels que Nids de Guêpes ou encore Otage avec Bruce Willis. Le film qui est tourné avec des moyens techniques importants est adapté d’un documentaire de Patrick Rotman, qui retrace les atrocités de l’armée française en Algérie, et qui a été largement vendu en DVD en Algérie. L’histoire d’Ennemi intime se passe en Kabylie, en juin 1959. Le film se veut dur. L'histoire d'un officier pris dans la tourmente algérienne et qui va découvrir la guerre, les crimes les plus vils et la torture. Il va évoluer et découvrir que le pire ennemi dans ces conditions anormales, hors-la-loi des hommes, c'est peut-être soi-même... Siri reprend un de ses acteurs fétiches, et il faut le dire un des meilleurs du cinéma (tant il a la capacité de jouer des rôles différents) Benoît Magimel, pour incarner son “héros tourmenté”. Benoît Magimel va nettement trancher avec l'univers algérien dans lequel son personnage baigne. Face à Magimel, on retrouve le troublant Bernard Dupontel aussi à l'aise dans les compositions humoristiques que dans les rôles les plus noirs, actuellement à l'affiche avec son film Le président. Contrairement aux films La Trahison et Mon Colonel où les scènes ont été tournées entièrement en Algérie avec des techniciens et des comédiens algériens, L’Ennemi intime, dont le tournage vient de s’achever, a été filmé au Maroc, comme ce fut le cas pour le film de Rachid Bouchareb Indigènes, mais pas pour les mêmes considérations techniques et politiques. Le réalisateur explique dans la revue Ciné Live, qu’il aurait aimé tourner le film dans sa région d’origine : la Kabylie, mais la complexité du projet l’a dissuadé pour opter pour le Maroc. Cela n’a pas empêché le cinéaste de recruter et de faire venir d'Algérie des figurants et des comédiens originaires de la Kabylie, pour interpréter les rôles importants. D’ailleurs, le réalisateur a été frappé par la disponibilité et l’engagement de ses comédiens amateurs qui ont accompli leur rôle comme de vrais professionnels. “Même s’ils n’ont pas vécu cette guerre, ils connaissent parfaitement ses contours. Pour eux, c’est un devoir de mémoire et ils sont très impliqués dans le film”, affirme Florence Siri qui accorde une importance capitale à la psychologie des personnages. Il a été également très marqué par l’interprétation de Mohamed Fellag : “J’ai un immense respect pour cet humoriste algérien qui a joué une scène-clé du film et qui dépeint l’horreur de la guerre d’Algérie, lorsque l’on emmenait un prisonnier, dont on ne savait plus quoi en faire pour la corvée de bois et qu’en fait pour l’abattre dans la forêt.” Même si le film est centré autour du conflit idéologique entre les deux officiers français, il est tout de même truffé d’anecdotes qui retracent les atrocités de l’armée française. C’est le cas de cette scène où les militaires français prenaient les villageois un à un pour leur faire subir la gégène sur la scène publique ou encore cette scène où ils abattent un sourd-muet tout simplement parce qu’il ne comprenait pas ce qu’ils lui disaient. Une scène qui ressemble d’ailleurs à celle réalisée par Oliver Stone dans Platoon. D’ailleurs, le réalisateur ne s’en cache pas et affirme que trois œuvres l’ont inspiré pour réaliser ce film Platoon, La Bataille d’Alger et Apocalypse Now. Trois films qui dénoncent ouvertement les atrocités de l’occupant et qui ont été réalisés à contre-courant de la vision coloniale du pays producteur. Ennemi intime a le mérite de raconter un épisode de la mémoire effacée de la guerre de Libération, ceci au moment où les rapports entre l’Algérie et la France ont été détériorés par le vote au Parlement de la loi du 23 février, qui glorifie la colonisation française en Afrique du Nord. Le cinéma va-t-il rétablir les faits historiques comme il l’a fait avec le film Indigènes ? Ce n’est pas la prétention de Florence Siri qui affirme que le parti pris qu’il a choisi n’est pas de juger, même s’il se dit fondamentalement contre la violence, la guerre et la torture en général.
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